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01 Février 2019

Le bien-être à l’école passe par l’architecture




Les établissements scolaires neufs ou rénovés sont conçus pour s’adapter aux évolutions pédagogiques mais aussi aux demandes des enseignants et des parents.


«Nous avons la plus belle école de la ville ! », s’exclament les riverains du quartier du Petit-Ivry, à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Il faut dire que l’école Anton-Makarenko éclabousse le paysage morose de cette banlieue parisienne avec sa façade et sa clôture striées de lamelles d’aluminium jaunes, orange et rouges.

« C’est la peau d’une clémentine dont les pelures se dispersent », décrit, poète, l’architecte Olivier Leclercq, de l’agence Air Architectures. « Ces couleurs vives doivent faire de l’établissement un signal fort afin de connecter la cité attenante au reste du quartier. »

Contrairement aux apparences, le bâtiment n’est pas neuf, mais il a été rénové et agrandi, plus de cinquante ans après son ouverture. Une nouvelle vie pour cet établissement longtemps boudé par les classes moyennes qui s’installent depuis quelques années dans les logements neufs du bout de la rue.

Cet objectif social est aussi au service d’une idée neuve à l’école : le bien-être des élèves, mais aussi de leurs parents. Une notion apparue au XXIe siècle, selon Maurice Mazalto, auteur de nombreux ouvrages sur l’architecture scolaire (voir les pistes page 14).

« Avant, se souvient cet ancien proviseur, on parlait de climat scolaire dont la qualité dépendait du nombre de violences commises dans l’établissement. Depuis la décentralisation, dans les années 1980, les collectivités locales commencent à choisir des architectes locaux plus soucieux de l’environnement et des usagers. Aujourd’hui, cette notion s’impose partout, après avoir été longtemps l’apanage du privé. Elle dépend de l’aménagement de l’établissement : l’enfant s’y rend-il ou le quitte-t-il facilement ? Peut-il courir ou s’isoler quand il le souhaite ? L’espace d’apprentissage lui facilite-t-il la tâche ?Si l’architecte se soucie de pédagogie, il va privilégier le bien-être. Sinon, il mettra l’accent sur l’esthétique du bâtiment. Pour éviter cet écueil, l’idéal est de consulter les usagers, les enseignants, les enfants et aussi les parents, qui ont été longtemps maintenus à l’extérieur de l’enceinte de l’école. »

C’est ce qu’a fait la municipalité d’Ivry-sur-Seine avec les parents d’élèves : ceux-ci souhaitaient la construction d’un deuxième bâtiment sur un terrain proche pour avoir deux petites écoles au lieu d’une grosse. Mais l’argent manquait. L’opposition, pour sa part, visait une démolition, que la mairie jugeait trop violente psychologiquement pour les riverains.

Une fois le projet d’extension validé, la consultation s’est poursuivie pour décider de l’aménagement d’une place piétonne devant l’une des entrées. « Nous étions partis pour végétaliser ce parvis, explique Olivier Leclercq, mais les habitants avaient envie de faire place nette pour organiser fêtes et marchés. Une belle manière de faire rentrer la ville dans l’école. »

Autre souhait des enseignants lassés de voir leurs classes occupées pour les activités périscolaires : gagner de la place pour créer, au rez-de-chaussée, un centre de loisirs. Les réfectoires ont donc été installés au premier étage dans des espaces dépourvus de poteaux et dont l’acoustique a été atténuée.

Mais tous les vœux n’ont pas été exaucés. « Les enseignants voulaient que les maternelles soient en bas, raconte l’architecte, mais nous avons insisté pour qu’elles soient en haut de la nouvelle aile afin de profiter de la lumière. » Installées au deuxième étage, les neuf nouvelles classes, dotées de larges fenêtres, sont extrêmement lumineuses, tout comme le couloir, qui donne sur une grande terrasse destinée à des activités pédagogiques en extérieur. Le hall d’accueil est également baigné de lumière, grand espace ouvert sur les deux étages supérieurs auxquels on accède par un joli escalier en palissade de bois peinte en blanc.

Conviviale, cette idée d’atrium est également à l’œuvre dans de nombreuses autres constructions récentes. Au tout nouveau collège Simone-Veil de Lamballe (Côtes-d’Armor), une longue et élégante circulation en bois et béton, ponctuée de puits de lumière, amène aux salles de classe, aménagées aux deux étages supérieurs du bâtiment. Cette superbe réalisation, imaginée par l’agence autrichienne Dietrich Untertrifaller et mise en œuvre par une équipe locale, Colas Durand Architectes, n’a que très peu de poteaux. « Les besoins pédagogiques étant flexibles, le bâtiment devait être facilement modulable », justifie Raphaël Colas.

Spécialiste de l’architecture scolaire, Antoine Assus affectionne également ces atriums qui aèrent et illuminent les couloirs des établissements qu’il a livrés à Antibes en 2012 (collège Sidney-Bechet) et à côté de Grenoble en 2016 (collège Les Saules). Il regrette toutefois sa faible marge de liberté. « Les programmes sont quantifiés à la virgule près, et l’accent est mis sur la maintenance, la durabilité, la sécurité, les économies et non la pédagogie, déplore-t-il. Le rapport entre surface utile et totale doit être proche de 1. J’essaye donc de m’insinuer dans les espaces “inutiles” que le maître d’ouvrage voudrait contenir au maximum. Par exemple, j’ai imaginé, pour un groupe scolaire à Massy (Essonne), un large escalier à faible pente qui peut servir de gradin pour les petits. »

Peu nombreux dans le hall du collège de Lamballe, les bancs, gradins et autres banquettes sous fenêtre sont souvent oubliés. « Ce sont pourtant des solutions simples, bon marcé et efficaces pour permettre aux enfants de discuter et de régler les conflits par la parole et non par les poings », souligne Maurice Mazalto.

En revanche, une superbe salle polyvalente (avec gradins rétractables !) communiquant avec l’extérieur du collège a été aménagée dans une excroissance du rez-de-chaussée, afin d’accueillir les parents et de permettre aussi peut-être d’autres usages.

« Avec l’introduction massive du numérique, les espaces d’apprentissage et de divertissement sont de plus en plus poreux, puisque la majorité des écoles sont dotées du wi-fi, observe Maurice Mazalto. Les espaces communs qui n’avaient pas de fonction pédagogique vont sans doute être réhabilités. » En espérant que le « bien-apprendre » et le bien-être en sortent gagnants…

Stéphane Dreyfus 

La Croix, mercredi 30 janvier 2019